Xave

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Il y a un peu plus de 100 ans se produisait en ce 17 SEPTEMBRE :
le premier déraillement de tramway #CAGNESSURMER – #GRASSE

D’abord, un peu d’histoire :

C’est après l’intégration du comté de Nice à la France en 1860, que les pouvoirs publics ont décidé de relier Nice au réseau ferroviaire français. La concession d’un réseau de Tramway a été signée par la ville de Nice en 1874.

De nombreuses lignes vont être créées. Elles avaient l’avantage de faciliter le transport des marchandises vers le port de #Nice. Elles ont été un formidable facteur de développement économique pour Grasse qui pouvait plus facilement acheminer ses récoltes de fleurs, et ont permis à Villeneuve Loubet de développer le tourisme au bord du Loup.

Elles se sont bien sur avérées très utiles à l’aube du premier conflit mondial.

3 lignes desservaient #VilleneuveLoubet : la ligne Cagnes-Antibes qui passait par le pont du Loup, une ligne #Cagnes-#Vence et une ligne Cagne-#Grasse

 

1913 - DERAILLEMENT du TRAMWAY CAGNES – GRASSE

L’accident :

En cette soirée du mercredi 17 septembre 1913, le tramway parti sous une pluie battante de Pré-du-Lac file à vive allure, sur les pentes sinueuses qui séparent Roquefort de Villeneuve-Loubet, pour rejoindre la gare de Cagnes.

Composé de deux motrices et deux remorques, le convoi transporte, parmi ses passagers, de nombreux chasseurs alpins de la 57ème Brigade, qui rentrent de grandes manœuvres.

Il est un peu moins de sept heures, le train s’emballe, son conducteur Louis AGNELLY et le Wattman LOTARDI tentent de bloquer les freins. Poursuivant sa folle route, le convoi aborde vivement la courbe qui précède le viaduc des Vignes enjambant un ravin d’une vingtaine de mètres de profondeur, les attaches se rompent et pendant que la première voiture va buter contre le parapet, les trois autres vont s’abîmer en miettes dans le vallon d’où montent bientôt des râles d’agonie et des cris de détresse.

C’est la nuit, la nuit noire, embrumée, il pleut et les rescapés se demandent s’ils ne sont pas l’objet du plus sinistre des cauchemars.

Notre département des Alpes Maritimes vient de vivre, sur cette terre de Villeneuve Loubet, la plus grande catastrophe ferroviaire de son histoire.

1913 - DERAILLEMENT du TRAMWAY CAGNES – GRASSE

L’alerte :

Dans cette campagne déserte, pas facile de trouver de l’aide, alors, pendant que quelques valides s’empressent auprès des blessés, les autres courent vers les endroits où l’on peut trouver du secours.

Des bastides environnantes arrivent de braves gens pendant que d’autres se précipitent vers les villages où le téléphone et le télégraphe ont tôt fait de transmettre l’affreuse nouvelle à Nice, Cagnes et Grasse. Un sergent fourrier du 21ème régiment de Chasseurs emprunte même une bicyclette pour rejoindre Villeneuve-Loubet.

Premiers secours :

Passager, de la voiture de tête heureusement miraculée, le Docteur DE ALBERTI descend avec une poignée de chasseurs dans le lit du torrent et prodigue ses soins à quelques blessés avant de les faire remonter. Des paysans, accourus à la hâte, soulèvent les planches et les pierres pour dégager les victimes gémissantes enchevêtrées avec les morts.

Peu à peu, on s’organise, pour regrouper les blessés sur la route. Au milieu des survivants hagards, Les Docteurs PASQUALINI de Villeneuve et CHEVALIER de Cagnes sont bientôt secondés par leurs confrères PONS et LAURENT arrivés de Nice avec « la voiture d’ambulance de l’automobile club ».

C’est dans cette ambiance de désolation que se présentent les deux automobiles du détachement des Sapeurs-Pompiers de Nice, détachement commandé par le Capitaine CONSTANTIN et le Lieutenant POULLAN, ce groupe est bientôt rejoint par le Préfet André DE JOLY.

Puis arrive « l’auto du service d’ambulance du parc d’artillerie avec le matériel de pansement du 2ème et 7ème d’artillerie ».

Difficiles dégagements :

Je vais laisser parler les mots de l’époque :
« A la lueur des torches des pompiers, des lampes à acétylène et des lanternes réquisitionnées un peu partout, on travaille. Mais il est très pénible de dégager les blessés. Les trois voitures se sont renversées les unes sur les autres et la terre détrempée s’enfonce sous leur poids qui dépasse trente tonnes. La pluie fait rage, le vent qui siffle en rafales à travers les arbres trompe ceux qui cherchent les blessés, tâtonnent dans l’obscurité et sont guidés par les plaintes.

Peu à peu, cependant, au prix de mille efforts, on arrive à retirer les blessés qui gisent pêle-mêle avec les morts. Quelle grande quantité de soldats ! Tous, le visage affreusement contracté, éclaboussé de leur sang ou de celui des autres victimes, réclament des soins et pleurent. A chaque mouvement qu’on leur fait faire, au moindre choc qu’ils ressentent, ce sont des hurlements. Puis parmi les blessés, il y en a qui appellent leurs camarades, ils ont des yeux étranges, hagards et semblent ne rien comprendre à ce qui s’est passé.

Le fond du petit vallon est déjà tout rouge de sang et les ombres gigantesques que les torches projettent ajoutent encore à l’horreur. »

A trois heures, après le dégagement des blessés, le Préfet décide de suspendre pour la fin de la nuit, le déblaiement et la recherche des cadavres bien qu’il reste un wagon à dégager.

Le transport des blessés :

Difficile de nos jours, d’imaginer pareille évacuation de victimes… Toutes les voitures particulières disponibles sont réquisitionnées (y compris celle des journalistes de l’éclaireur de Nice). Les blessés couchés sur les banquettes se retrouvent pour certains à l’hôpital de Grasse, pour d’autres dirigés vers Nice, et les moins touchés sont « provisoirement » installés dans un hôtel de Cagnes en attente du retour des autos… Les cas les plus graves sont directement transportés sur Nice par « voiture d’ambulance ».

Un tramway est même affrété pour conduire les blessés de Cagnes vers Nice où la voie du « tram » passe juste devant l’hôpital, Place DEFFLY… Ce convoi y arrive à trois heures du matin…

A l’hôpital Saint Roch, tout s’organise pour accueillir au mieux les accidentés ; internes, infirmiers, panseurs, sœurs de charité se dévouent sans compter sous la direction du docteur ROSSO, chirurgien et du docteur POUILLAUDE, Médecin chef de l’hôpital militaire.

Une salle de l’hôpital est transformée en morgue pour pouvoir recevoir les dépouilles qui, sur les lieux de la catastrophe, sont déposées dans des fourgons hippomobiles militaires.

Le relèvement du dernier wagon :

C’est une manœuvre bien complexe que doit conduire le Capitaine CONSTANTIN : pouvoir, avec le matériel de l’époque, relever la lourde carcasse de ferrailles tordues qui formait la plateforme du dernier wagon, afin de retirer les derniers corps.

Pour compliquer le tout, en ce matin du 18 septembre, il pleut et le sol détrempé s’enfonce sous le talon…

Travaillant de concert avec les hommes du 7ème Régiment d’Artillerie, nos pompiers installent de lourdes poutres amarrées aux vestiges du châssis, placent un câble sous ces dernières et après avoir fixé le dispositif à des arbres solides, tirent depuis le haut…

L’appareil permet de soulever la charge, qui prudemment est calée, centimètre par centimètre… jusqu’à venir reposer « de côté » sur un gros pin dont la cime s’abat sans heureusement causer de mal. La manœuvre est réussie, les derniers corps sont rendus aux hommes…


Le bilan et l’enquête :

17 morts et 40 blessés … L’armée paye un lourd tribu : 12 soldats décédés et 33 blessés. La ville de Nice organise des funérailles militaires en grande pompe avec défilé et convoi pour accompagner jusqu’à la gare les cercueils des dépouilles disposés deux à deux sur des affûts d’artillerie tirés par quatre chevaux et recouverts des Couleurs Nationales.

L’enquête s’attelle à démontrer que la rame était « archi bondée » de voyageurs engendrant un poids trop lourd sur une voie trop étroite, qu’après la halte du colombier le convoi roulait trop vite sur des rails rendus glissants par la pluie, et que la tentative de freinage avait peut-être concouru à la dislocation du train. Le wattman est arrêté et inculpé d’homicide par imprudence.

Source Capitaine Alain Bertolo

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